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La maison dans la littérature jeunesse

Dans les livres comme dans la vie, nous habitons ici ou là, seul ou à plusieurs… A la campagne, en ville, dans une maison, un immeuble, un bateau…
Parfois on a deux maisons ou aucune, des voisins ou pas…
Mais où que l’on soit, on a toujours besoin d’un abri!
Les livres pour enfant ont exploré ces espaces rassurants, ces refuges protecteurs, ces labyrinthes sans fin, ces nids chaleureux, ces espaces limités ou infinis… dans lesquels de nombreux personnages ont grandi, imaginé un ailleurs, partagé des expériences, rencontré des amis ou affronté des méchants.
Dans ces maisons logent toutes les sensations d’être, du confort à l’inconfort , du rêve à la peur ; tous les désirs de grandir, du plus petit apprentissage au plus grand des défis.

LArbre Maison Ma vallee de Claude Ponti*« L'Arbre-Maison, Ma vallée » Claude Ponti

Un abri fécond pour grandir
« Vivre, c’est passer d’un espace à l’autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. » Georges Perec
Dans l’album « Ma Vallée » de Claude Ponti, Poutchy-Bloue vit avec sa famille dans l'Arbre-Maison, entre racines mémoires des anciens et « la chambre des étoiles », fenêtre vers le ciel, l’avenir.
L’Arbre-Maison est ce lieu sûr dans lequel peuvent grandir les enfants, bien au chaud dans un ventre fécond, marquant les limites d’un monde à découvrir et à explorer quand on aura toutes les clés. Poutchy-Bloue s’approprie tout son espace de vie. Ainsi, cet espace foisonnant de recoins, de souvenirs, de secrets et de ressources devient lieu d’apprentissage et passage formateur vers la route à venir.

Un abri bien tentant
Dans le genre conte, l’exemple de Boucle d’Or et les Trois Ours est incontournable. Cette maison située dans une forêt est le refuge idéal pour une petite fille seule dans la forêt.
Dans la version du conte de Rose Celli (éditions Père Castor Flammarion), on nous présente une petite fille qui quitte la maisonnette où elle habitait avec sa maman pour s’aventurait au bord du bois « mais quand elle voulut sortir du bois, tous les chemins étaient pareils […] A la fin, bien fatiguée, bien triste, elle allait se mettre à pleurer quand, soudain , elle aperçut à travers les arbres une très jolie maison.»
C’est donc une fillette perdue qui trouve refuge « idéal » dans cette maison. Le mobilier est familier, tables, chaises, lits. Chacun représente l’inconfort ou le confort qui sied à une petite fille, à sa taille. Ne finit-elle pas par s’endormir dans cette maison ?
A la fin de l’adaptation par Rose Celli, seul grand ours est moralisateur, l’intrusion de Boucle d’Or dans la maison des ours reste impunie, mais la petite fille tire d’elle même une leçon : « Ce tout petit ours a été bien gentil. Et pourtant, je lui ai mangé sa soupe ! ». Comme une initiation, l’aventure dans cette maison est un passage vers une prise de conscience. Une autre version de ce conte nous présentent un personnage aventurier certes, mais aussi curieux et doué de pouvoirs magiques. Dans Bonnet d’Or et les trois ogres (Editions l’Elan Vert), Eric Battut dresse le portrait d’un petit lutin malicieux qui s’introduit par curiosité dans la maison de trois ogres. Cette intrusion dans une intimité ne restera pas impunie à la fin du conte.
Heureusement, Bonnet d’Or est un peu magicien…
Comment ne pas parler d’Hansel et Gretel, enfants perdus et seuls ? La maison en sucreries au milieu des bois représente alors la seule issue possible pour deux enfants, apeurés, affamés et abandonnés à leur triste sort. D’aucun dirait comme une morale qui tranche que leur gourmandise les a perdus et n’a fait qu’attiser leur problème.
Mais, à l’instar de la maison de l’ogre dans le Petit Poucet, ces refuges inespérés sur le chemin des enfants perdus représentent un abri rêvé. Mais ils sont aussi dangereux qu’inappropriés. Comme un passage obligé, empli d’épreuves vers le bonheur du retour dans sa vraie maison.

Un abri sûr
Que dire des Musiciens de Brême, abandonnés eux aussi ? Leur courage et leur solidarité leur donnent la force de vaincre des brigands pour trouver bonheur dans une maisonnette partagée : dans cette maison, « s’ils ne sont pas morts, ils y sont encore. » écrit Gerda Muller à la fin de ce conte.
Quant à la maison du troisième petit cochon déterminé et courageux n’offre t’elle pas l’abri le plus sûr face au danger du dehors ?
En ce sens, le dehors est danger alors que le dedans devient un nid ; contrairement aux exemples précédents où « l’abri tentant » représente un intérieur menaçant.

Les quatre musiciens de Breme de Gerda Muller*« Les quatre musiciens de Brême » Gerda Muller

Dans Le loup, le canard et la souris (École des Loisirs), la souris se fait avaler par un loup. Croyant être perdue à tout jamais, elle rencontre dans le ventre de la bête un canard. Ce dernier, confortablement installé, ne veut en aucun cas quitter cet appartement si douillet quand le dehors est si incertain. Les deux compères, canard et souris, vont alors protéger avec courage leur maison abri qui n’est autre que le ventre du loup ! Un album théâtral et décalé à découvrir absolument.
Disponible en médiathèque dès sa réouverture.

Un abri refuge
Quand tout est perdu, que l’on ne se sent pas bien dans sa maison parmi les siens comme Okilélé qui se voit reprocher sa différence… Okilélé se cache sous l ‘évier et construit jour après jour sa maison. Il y découvrira les moyens pour communiquer avec les étoiles, les passages pour explorer le monde jusqu’au cosmos et les réponses à ses questions. Il y appris même à lire « en mangeant de la soupe aux lettres ». Ainsi dans son abri à lui, il affronte le monde pour enfin reconstruire le sien.

Okilele de Claude Ponti*Okilélé, Claude Ponti

C’est dans Puni-Cagibi ! que l’on retrouve cette formidable envie d’un refuge bien à soi dans lequel il nous pousse des ailes ou comment un cagibi devient « une formidable cours de récréation au beau milieu de sa maison ». Simon est un petit garçon qui cultive les bêtises et qui bien souvent se retrouve puni, enfermé dans un cagibi. Cet espace exigu recèle tant de trésors que Simon va inventer son monde, sortant ainsi de l’exigu pour faire « un très long voyage, par dessus des montagnes ». Du plus petit à l’infini, par le pouvoir de l’imagination.

Et puis, il y a Adélie qui vit à la campagne. La journée, elle joue avec ses frères, mais le soir, elle pénètre en catimini dans une maison qui cache une formidable fenêtre vers l’ailleurs : une bibliothèque. Elle s’y réfugie et réinvente son espace et son univers par le pouvoir des histoires !

Du dehors au dedans, du dedans au dehors, du plus petit à l’infini, comme un rite de passage fort en apprentissages, la maison est cet espace qui participe à la construction de chacun.
Pour Gaston Bachelard, la maison est saisie par l’imagination, elle est vécue car elle « est notre coin du monde […] notre premier univers. Elle est vraiment un cosmos ».
En ces temps si particuliers où la maison est tout notre espace, à la fois réduit par la promiscuité et agrandi par son utilisation optimale, laissons entrer la magie, écoutons les secrets des objets parfois oubliés, inventons des cabanes sous les tables et ouvrons les tiroirs trop souvent fermés.
Et puis, même si les livres nous manquent beaucoup, racontons des histoires par le pouvoir de l’imagination, pour transformer l’espace en île lointaine, en bateau pirates, en grotte douillette...! 

Bibliographie :

  • Ma vallée, Claude Ponti - l’École des Loisirs
  • Boucle d’Or et les trois ours, Rose Celli, illustré par Gerda Muller - Père Castor Flammarion
  • Bonnet d’Or et les trois ogres, Eric Battut - l’Élan Vert
  • Les quatre Musiciens de Brême, Gerda Muller - l’École des Loisirs
  • Le loup, le canard et la souris – Mac Barnett et Jon Klassen - l’École des Loisirs
  • Okilélé, Claude Ponti - l’École des Loisirs
  • Puni-Cagibi ! Alain Serres et Claude K. Dubois - Pastel
  • Adélie - Jean-Claude Alphen - Editions d’Eux (devait paraître en mars 2020/ parution retardée)

 

Les liens, à écouter et à regarder
Ma vallée, Claude Ponti, École des Loisirs
Okilélé, Claude Ponti, Ecole des Loisirs - lu par Chevalier Crevette
Les musiciens de Brême, « Mille et une histoires »
Bonnet d’Or et les trois ogres, Eric Battut, L’Elan vert – Raconte-moi une histoire
Puni-Cagibi ! Alain Serres et Claude K. Dubois - Pastel

A lire et à regarder
Adélie, Jean-Claude Alphen - Editions d’Eux
Présentation de Le loup, le canard et la souris, Jon Klassen et Mac Barnett, EdL
Gerda Muller présente son album, les Musiciens de Brême aux éditions de l’école des Loisirs

À partir de 3 ans
Activités pochoirs/coloriage
Laetitia Le Saux met à l'honneur l'album Le Nid (Didier Jeunesse) dans un atelier riche en couleurs et en pochoirs !

Les petits voisins de Cécile Hudrisier.